Attention aux contrevérités du journaliste Seydou Oumar Traoré sur le plateau d’Ouverture Media

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Lors d’une intervention sur le plateau de la page Facebook « Ouverture Media », le journaliste Seydou Oumar Traoré a affirmé que l’Association malienne de défense des droits de l’homme (AMDH) et Amnesty International seraient financés par la Fédération internationale de défense des droits (FIDH). C’est de l’intox tout comme la fermeture supposée des bureaux de ces organisations au Mali.

La vidéo est devenue virale sur Whatsap et TikTok , on y voit le journaliste Seydou Oumar Traoré sur le plateau d’OM ( Ouverture Media ) tenir ces propos : «  La FIDH finance l’AMDH et Amnesty   International et tous les deux ont été fermés donc Il n’y a plus de droits de l’homme au Mali. » La raison évoquée par M. Traoré : de présumés désaccord à propos d’un rapport sur les événements survenus à Mourah, dans le centre du Mali, en 2022. (1, 2)

L’AMDH et Amnesty International ne sont pas financés par la FIDH

Même si cette vidéo est largement partagée, il est important de signaler que les propos de Seydou Traoré concernant le financement et la fermeture d’Amnesty International Mali et de l’AMDH  par la FIDH ne sont pas fondés.

« Amnesty est financé à 80% par des contributions des membres un peu partout dans le monde, et les 20% sont financés par des institutions et des fondations. Et ces 20 % de financement ne sont pas utilisés pour la recherche, mais pour l’éducation aux droits humains », a affirmé à Assoblog Ousmane Aly Diallo, chercheur pour le Sahel au bureau d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Par ailleurs, sur son site internet l’organisation se montre transparente sur ses sources de financement : « La très grande majorité de nos revenus provient des dons versés par des personnes dans le monde entier. » Vous pouvez  retrouver toutes les informations sur la provenance du financement de l’organisation y compris les états financiers en cliquant ici. Il n’est pas question de financement de la FIDH même si les deux organisations peuvent mener des activités ensemble.

« Le bureau de Amnesty au Mali n’a pas fermé »

Nous avons aussi contacté Mme Samira Daoud, Directrice régionale Afrique de l’Ouest et du Centre d’Amnesty International. Elle est catégorique  : « Le bureau de Amnesty au Mali n’a pas fermé. » Avant d’ajouter : « La section a été suspendue des instances d’Amnesty International pour trois mois le temps qu’un audit organisationnel soit mené. Des problèmes internes à la section malienne nous ont été signalés et c’est pour cette raison qu’un audit doit commencer. »

Selon Mme Daoud, les employés d’Amnesty International Mali « continuent d’aller au bureau » et la recherche sur le Mali continue au niveau du bureau régional. « C’est le bureau régional qui est en charge de la recherche,  la section [du Mali, ndlr] n’ayant pas de chercheurs. »

Les propos du journaliste Seydou Oumar Traoré font surtout l’échos d’un article publié dans Africa Intelligence en  avril dernier selon lequel Amnesty International et FIDH s’apprêtent à fermer leurs bureaux à Bamako parce que les deux organisations n’approuveraient pas les rapports de ces bureaux locaux jugés en faveur des autorités maliennes. Le contenu de l’article a été rapidement remis en question par Amnesty. L’un des responsables cités dans l’article a quitté l’organisation depuis 2017.

« Nous avons aussi écrit un courrier au rédacteur en chef d’Africa Intelligence pour indiquer que l’article qu’ils ont publié est truffé de contre vérités et demandé que des corrections soient apportés. » Samira Daoud.

« L’AMDH ne peut être fermée par la FIDH … et ne reçoit aucun financement  d’elle. »

Contacté, le président de l’Association malienne des droits de l’homme) Me Moctar Mariko a également démenti les supposé financement et fermeture de son bureau par la FIDH. « j’affirme avec vigueur  que l’AMDH n’est pas fermée  et ne peut être fermée par la FIDH, car elle n’a pas été  créée  par la FIDH  et ne reçoit aucun financement  d’elle », affirme Me Mariko.

Le président de l’AMDH admet cependant des « désaccords » avec la FIDH. « L’AMDH s’est désolidarisée du communiqué de la FIDH sur Mourah et du rapport de la FIDH publié à Dakar le 24 novembre 2022, poursuit Me Mariko. Sur ce rapport  l’AMDH à fustigé la méthodologie et le fait que le contenu du rapportage et de la documentation sur les exactions commises n’a pas été  partagé avec l’AMDH. »

Le 8 avril 2023, le bureau international de FIDH a suspendu l’AMDH  comme ligue partenaire. Ce qui ne signifie en rien sa fermeture. Les deux organisations sont partenaires depuis la création de l’AMDH. En 2013, elles ont exécuté ensemble un programme  conjoint  financé   par l’UE ( délégation  du Mali ) puis en 2016. Ce programme a pris fin en octobre 2022. « Aujourd’hui l’AMDH exécute cinq projets et fonctionne normalement  pour le bonheur  des populations maliennes », a conclu Me Mariko.

« La FIDH n’a aucun pouvoir de fermeture de bureau d’une de ses organisations membres. »

« La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) est une ONG internationale de défense des droits humains créée en 1922 et regroupant 188 organisations nationales de défense des droits humains dans 116 pays dont le Mali.  Ses membres ont librement adhéré à ses textes fondateurs et à ses idéaux et il n’existe aucun lien de subordination entre la fédération et ses membres. Elle collabore avec eux dans le cadre d’actions et programmes conjoints mais ne les finance pas car la FIDH n’est pas un bailleur de fonds.

La FIDH ne finance donc pas l’AMDH encore moins Amnesty Mali qui est une section d’une autre organisation internationale (Amnesty International), externe à la FIDH. 

Toutefois, il y a un désaccord entre la FIDH et l’AMDH depuis 2022, ayant entraîné la suspension temporaire de l’AMDH, le 18 avril 2023 par le Bureau international de la FIDH. Cette suspension fait suite à des manquements graves aux statuts de la FIDH de la part de l’AMDH, notamment caractérisés par des déclarations publiques du président de l’AMDH à caractère diffamatoire et mensonger. Pour rappel, l’AMDH a décidé de ne pas co-signer le dernier rapport d’enquête de la FIDH sur la situation des droits humains au Mali, sous le prétexte qu’elle n’avait pas été associée à certaines étapes de ce rapport. La FIDH réitère que sa méthodologie de travail est la même au Mali et ailleurs depuis 2012. L’AMDH a bien été consultée, impliquée et partie prenante lors de toutes les étapes du travail d’enquête, de l’élaboration des termes de référence à la production du projet de rapport transmis aux autorités maliennes pour information et commentaires.  La FIDH tient à faire ces éclaircissements, tout en rappelant que les échanges entre la FIDH et l’AMDH sont strictement confidentiels et concernent la vie interne de la Fédération.

Les informations relayées sur le plateau de l’Ouverture Média par M. Seydou Oumar Traoré relèvent purement et simplement de la désinformation. La FIDH tient à alerter contre ces pratiques malveillantes visant à discréditer le travail des organisations de défense des droits humains et appelle l’opinion publique à la plus grande vigilance. La FIDH poursuit son action de défense des droits humains partout dans le monde, y compris sur la situation au Mali, et renouvelle toute sa solidarité militante à toute la communauté des défenseur.ses des droits humains au Mali. » nous confie un responsable de la FIDH

En conclusion : aucune des deux organisations n’est financée ou fermée par la FIDH. La suspension de la section Mali d’Amnesty International est due à des raisons internes. L’AMDH admet des « désaccords » d’ordre méthodologique avec la FIDH.  Enfin,  la supposée fermeture ne pourrait en aucune manière signifier l’absence des droits de l’Homme au Mali.

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