Mamadi Doumbouya : Une diplomatie pro-africaine

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Dans la région du Sahel, les coups d’État militaires sont fréquents. Du Mali au Niger en passant par le Burkina Faso et la Guinée Conakry, ces pays ont tous un point commun : un président militaire arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État. Mamadi Doumbouya, président de la Guinée Conakry, fait partie de ce groupe. Contrairement à ses homologues putschistes du sahel, qui favorisent un partenariat exclusif avec la Russie, Mamadi opte pour une diplomatie plus ouverte envers la communauté internationale. Malheureusement, au delà d’arriver au pouvoir par un putsch, Doumbouyou partage a un point commun avec les présidents de l’AES, certainement à un degré beaucoup plus moindre. Il s’agit de la problématique de réduction de l’espace civique et des libertés fondamentales. Ceci n’est pas l’objet de notre sujet d’aujourd’hui.

Un coup d’État mené par une unité d’élite de l’armée guinéenne le 5 septembre 2024 a renversé le régime d’Alpha Condé qui s’était maintenu au pouvoir pour un 3ème mandat après une révision constitutionnelle. En Afrique de l’Ouest, ces coups d’État ont marqué un tournant décisif pour la floraison de la Russie, qui cherche à renforcer son influence dans la région dans le but de former un bloc anti-occidental. Au Mali, depuis le coup d’État, le partenariat avec la Russie s’est intensifié, avec notamment l’achat de divers équipements militaires (drones, radars, hélicoptères…) et de vivres, comme en témoigne la commande de blé passée à la Russie par le Mali. Cette alliance avec la Russie est également très recherchée par les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Pour Doumbouya, la Guinée Conakry adopte une position résolument pro-africaine, ni pro ni anti-russe/américaine/française. Il a souligné cette approche lors de son discours du 21 septembre au siège de l’ONU, illustrant ainsi sa diplomatie.

Sous l’égide d’un projet souverainiste, le gouvernement guinéen s’efforce de reprendre le contrôle de ses précieuses ressources naturelles, en particulier les ressources minières telles que la bauxite. Avec les ressources minières représentant au moins 17% du PIB et 90% des recettes à l’exportation du pays, selon l’Institut National de Statistiques de Guinée, cette initiative revêt une importance capitale. La Guinée possède les premières réserves mondiales de bauxite, avec 7,4 milliards de tonnes, soit un quart de la production mondiale et la moitié des besoins chinois en bauxite. Dans cette optique, le gouvernement envisage de renégocier les parts russes dans la société minière de Dinguiraye et de réglementer l’activité fluviale liée à l’exportation de bauxite vers la Chine. De plus, il aspire à accroître la valeur ajoutée en transformant localement la bauxite, plutôt que de simplement l’exporter brute.

En 2024, le général Doumbouya prend une position ferme contre les ambitions russes en Guinée. Dès janvier, l’administration guinéenne dénonce publiquement l’emprise du groupe russe Nord gold sur la Société Minière de Dinguiraye, une action initiée sous l’ancien président Alpha Condé, sans bénéfice financier pour l’État guinéen. Ces dénonciations soulignent l’engagement du colonel Doumbouya envers la souveraineté nationale, s’opposant à l’influence russe sur une importante exploitation minière. Plus récemment, le gouvernement guinéen a clairement affirmé son indépendance vis-à-vis du Kremlin en convoquant l’ambassadeur russe, Alexey V. Popov, le 21 février. L’avertissement aux ressortissants russes sur les risques sécuritaires dans le pays a suscité des tensions avec les autorités locales, l’ambassadeur affirmant que le communiqué, diffusé en russe, aurait été mal traduit sous la pression.

Le mont Simandou, situé dans la région de Nzérékoré, est connu comme étant le plus grand gisement de fer non exploité au monde. Ce site est divisé en quatre blocs pour bénéficier à la Guinée. Deux de ces blocs appartiennent à Simfer, une co-entreprise entre la société anglo-australienne Rio Tinto et l’entreprise publique chinoise Chinalco, tandis que les deux autres sont détenus par le Winning Consortium Simandou (WCS). Mamadi Doumbouya cherche à diversifier les partenariats de son pays et à éviter l’isolement diplomatique. Ainsi, le coup d’État a permis de réchauffer le partenariat avec la France, qui était tendu sous son prédécesseur Alpha Condé en raison des critiques d’Emmanuel Macron concernant son troisième mandat.

Doumbouya face à l’étau de la désinformation

Pour atteindre ses objectifs, la Russie va exercer des pressions sur le chef d’État guinéen, notamment avec des campagnes de désinformation. La tentative de séduction et de rapprochement entre les quatre juntes par la Russie ne porte pas ses fruits. Mamadi Doumbouya, conscient des disparités sécuritaires entre son pays et ses voisins du Sahel, adopte une approche méthodique, préférant engager des pourparlers avec ses homologues et évaluer l’état de l’économie nationale. Alors que la CEDEAO commence à assouplir ses sanctions, le général Doumbouya est désormais en mesure d’établir des liens avec les pays démocratiques de la région et de clarifier sa position sur la transition démocratique promise. Cependant, la position « souverainiste » de Mamadi Doumbouya déplaît à Moscou, qui réoriente sa stratégie de communication depuis le début de l’année 2024. Les cercles pro-russes intensifient leurs attaques pour fragiliser le chef de la transition, l’accusant tour à tour d’entretenir des liens avec la France et de rejeter l’intégration au sein de l’Alliance des États du Sahel. Certains comptes expriment des inquiétudes quant à la sincérité du panafricanisme du président Mamadi Doumbouya car son épouse serait une gendarme française, tandis que d’autres encouragent vivement Doumbouya à rejoindre l’AES.

Malick KONATE

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