Le signal de LCI, tout comme TF1, a été coupé au Mali par la Haute autorité de la communication (HAC) ce 13 novembre. Quelques jours plutôt, dans l’émission « 24H Pujadas, l’Info », une chroniqueuse de la chaîne décrivait Bamako comme « une ville en état de siège, prise en tenaille par les djihadistes du JNIM » et dont les « voies d’accès sont contrôlées. »
La séquence, diffusée sur les réseaux sociaux de la télévision, est devenue virale, suscitant de vives réactions au sein de l’opinion publique. Retour sur certaines de ces déclarations trompeuses.
1- « Bamako est encerclée par les djihadistes » ?
Dès les trente premières secondes de la vidéo diffusée sur LCI, on entend ceci : « Vous nous dites que Bamako est quasiment encerclée… Bamako, ville de trois millions d’habitants, la plus grande du pays, aujourd’hui en état de siège. Bamako, prise en tenaille par le principal groupe au Sahel… »
Ce qu’il faut noter, c’est que depuis début septembre, le JNIM a annoncé son intention d’imposer un blocus sur Bamako, en privant la ville de carburant. Cette décision intervenait en représailles à une mesure des autorités maliennes interdisant la vente de carburant en bidons en zones rurales, qui visait à couper l’approvisionnement des groupes armés. Depuis, des combattants ont incendié plusieurs camions-citernes sur les axes routiers menant à la capitale, tuant plusieurs conducteurs.
Toutefois, cette situation ne s’apparente pas à un siège sur Bamako ou encore « une prise en tenaille ». Des centaines d’autres citernes parviennent à approvisionner la capitale, souvent sous escorte des forces armées, et aucune présence physique de combattants encerclant la ville n’est signalée. Bien que affectés par les perturbations dans la fourniture du carburant, les habitants de Bamako continuent de vaquer à leurs occupations.
2 « Les djihadistes contrôlent les routes au nord de Bamako »
Entre la 40ᵉ et la 50ᵉ seconde de la vidéo diffusée sur LCI, la journaliste poursuit en affirmant : « Une par une, les djihadistes ont pris le contrôle de toutes les grandes voies qui mènent au nord du pays. »
Il est vrai que certaines routes ont connu des attaques, notamment des embuscades contre des camions de ravitaillement de la part des groupes armés cherchant à perturber l’approvisionnement de Bamako. Depuis octobre, le JNIM exige également le port du voile et la séparation des hommes et des femmes dans les transports publics sur les axes routiers sous peine de châtiments corporels.
Mais encore une fois cette situation est loin d’être synonyme d’un contrôle territorial effectif sur les routes autour de la capitale. Dans l’émission « Au cœur de l’info » diffusée sur France 24, la journaliste Patricia Allemonde, spécialiste des questions internationales, apporte une précision importante sur la capacité réelle du JNIM : « Ce qu’ils font depuis le début, c’est étendre leur surface d’influence, mais ils ne tiennent aucune ville. Ils ne tiennent ni Kayes, ni Tombouctou, aucune des grandes villes, ils ne tiennent même pas de petites localités. »
3 « Ils contrôlent la plupart des grandes bases militaires »
À partir de la 55ᵉ seconde de la vidéo diffusée sur LCI, la chroniqueuse ajoute que « les djihadistes contrôlent la plupart des grandes bases militaires. »
Il est important de rappeler que le Mali subit des attaques contre ses positions militaires depuis 2012, en particulier dans les régions du nord et du centre du pays. Ces deux dernières années, des attaques ont eu lieu en pleine ville de Kayes, contre la gendarmerie de Bamako ou même à Kati.
Cependant, les groupes armés ne contrôlent aucune grande base militaire dans le pays. Les infrastructures de l’armée malienne restent pleinement sous le contrôle des Forces armées maliennes (FAMa). Les attaques menées causent des dégâts matériels et humains, mais elles n’ont jamais permis l’occupation durable de ces infrastructures.
4 « Bamako n’est qu’à 3 heures de Paris »
Entre la 10ᵉ et la 18ᵉ seconde de la séquence diffusée sur LCI, on entend la journaliste déclarer : « Bamako, la plus grande ville du pays, qui se trouve à trois heures de Paris seulement. »
En réalité, le vol direct entre Paris et Bamako dure environ 5 h 45 à 6 h. Skyscanner+2Omio+2 Certaines sources l’estiment même à « environ 5 h 30 ». Anywayanyday. Quant au chiffre de 3 heures, il ne correspond à aucun horaire effectif pour un vol sur cette route.
5 « Des centaines de personnes fuient Bamako en direction de la Côte d’Ivoire »
À partir d’une minute et douze secondes de la vidéo diffusée sur LCI, on entend : « Des centaines de personnes prennent la route de la Côte d’Ivoire. »
Il est vrai que les attaques et tensions sécuritaires récentes ont pu provoquer des déplacements de population, mais aucune donnée précise n’est encore disponible sur leur ampleur. Le gouvernement ivoirien a indiqué, le 14 novembre 2025, avoir constaté un « afflux inhabituel de réfugiés maliens » à ses frontières nord. 🔗 Le Monde – La Côte d’Ivoire renforce ses frontières face à un afflux inhabituel de réfugiés maliens (14 novembre 2025)
Cependant, à ce stade, aucune communication officielle du gouvernement malien ne fait état d’un mouvement massif de populations civiles maliennes vers la Côte d’Ivoire. Les organisations humanitaires et les médias n’ont, eux non plus, signalé de flux migratoires exceptionnels en provenance de Bamako ou du sud du pays vers la Côte d’Ivoire.
Les affrontements entre le JNIM et les chasseurs donzos dans la région de Sikasso ont forcé des centaines de personnes à fuir la zone de Loulouni, dans la région de Sikasso, mais la plupart ont convergé vers des localités plus proches comme la ville de Sikasso (50km) ou Kadiolo (50km).
